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2022 SPRING

À la pointe de l’innovation musicale

Par les croisements vibrants d’énergie et d’inspiration qu’ils expérimentent, les pionniers du gugak contemporain redonnent vie à ce genre musical plusieurs fois centenaire, à l’instar de trois formations novatrices qui ont su trouver chacune leur voie et séduisent un public tant national qu’international.

Image de ONDA, le clip du troisième album enregistré par Jambinaï chez Bella Union en 2019. Depuis sa création en 2009, ce groupe post-rock composé de cinq membres enflamme un public de nombreux pays par sa musique inspirée du répertoire traditionnel coréen.

 

Black String
« Il est quasiment impossible de reproduire le son authentique du geomungo, même en y consacrant tout son temps, et pourtant ce qui motive Black String ressemble fort à cela ».

Black String, qui a vu le jour en 2018, invente de nouvelles sonorités dans ses fusions improvisées de musique traditionnelle et de jazz. De gauche à droite, ses quatre musiciens Yoon Jeong Heo, au geomungo, Min Wang Hwang, à l’ajaeng et au janggu, Aram Lee au daegeum et au yanggeum, et Jean Oh, à la guitare.
© Nah Seung-yull

 

Créée en 2011, cette formation comporte, aux côtés de la joueuse de geomungo Yoon Jeong Heo, le guitariste Jean Oh, le musicien Aram Lee, qui joue tantôt d’une grande flûte traversière en bambou dite daegeum, tantôt d’un instrument à cordes frappées appelé yanggeum, ainsi que le cithariste Min Wang Hwang à l’ajaeng, dont l’archet comprend sept cordes, ainsi qu’au janggu, un tambour en forme de sablier. C’est en 2016 qu’a véritablement démarré leur carrière grâce à la conclusion, avec le label allemand mondialement connu ACT, d’un contrat qui représentait une première dans la musique coréenne et d’où naîtront cinq albums successifs. successifs. Précisons que le jazz expérimental contemporain fait la renommée d’ACT comme d’ECM, cet autre label.

Dès la même année, Black String enregistrera un premier album intitulé Mask Dance pour lequel il sera récompensé, dans la catégorie Asie et Pacifique, aux Songlines Music Awards britanniques de 2018, cette prouesse étant également sans précédent parmi les formations musicales coréennes. Par le style de son répertoire, Black String semble se situer en droite ligne des autres productions d’ECM, qui allient musique populaire européenne et jazz méditatif. Dans la chanson titre de son deuxième album de 2019, Karma, on retrouve notamment la relecture philosophique de la musique d’ambiance que produit ECM, tandis que Exhale-Puri et Song of the Sea rappellent ses productions par leur approche « coréenne » du jazz de fusion.

La démarche novatrice de Black String lui est conférée par sa musicienne principale, la célèbre joueuse de geomungo Yoon Jeong Heo, qui assure également l’enseignement de la musique traditionnelle coréenne à l’Université nationale de Séoul. Son père n’était autre que Heo Gyu (1934-2000), ce pionnier du théâtre traditionnel en plein air dit madanggeuk qui a fait évoluer considérablement l’art dramatique coréen au siècle dernier. « C’est lui qui m’a fait rencontrer des maîtres de la musique traditionnelle improvisée », se souvient-elle. « Parmi eux, la joueuse de haegeum [instrument à deux cordes] Kang Eun-il m’a beaucoup influencée par la manière dont elle a su dépasser les limites imposées à notre musique traditionnelle ».

Inspirée par son exemple, Yoon Jeong Heo s’est engagée en toute liberté dans un travail expérimental sur la musique traditionnelle qui la situe désormais à l’avant-garde de cette tendance. En compagnie de la cithariste Yu Kyung-hwa, une spécialiste de l’instrument à cordes d’acier dit cheol-hyeongeum, elle créera le Trio SangSang, dont le style réalise la fusion des rythmes et fioritures de la musique traditionnelle avec le free jazz et diverses techniques de la musique moderne. Ses anciens camarades de classe du Lycée national du gugak, Yu et Won Il, apporteront leur collaboration à ce duo, le deuxième en tant que compositeur.

Les trois autres musiciens du groupe, bien que jeunes, se sont d’ores et déjà fait un nom dans le jazz et la musique traditionnelle coréenne, qu’ils se produisent seuls ou au sein d’une formation. Par des choix audacieux et le recours à des répertoires aussi divers que ceux de la musique populaire traditionnelle, chamanique et bouddhique, auxquels vient s’ajouter l’influence du titre Exit Music - For a Film dû au groupe de rock anglais Radiohead, ils distillent un mélange enchanteur de sonorités. En virtuose du daegeum, Aram Lee livre quant à lui d’originales prestations auxquelles se joint parfois Min Wang Hwang dans le cadre d’autres projets, tandis que Jean Oh a acquis la notoriété par ses interprétations minimalistes, mais non moins inspirées à la guitare, ces musiciens démontrant ainsi que leurs interventions ne se limitent pas à l’accompagnement du geomungo. Autant de noms que tout nouvel amateur de musique traditionnelle coréenne se doit de retenir.

« J’aime beaucoup l’improvisation, mais l’identité de notre groupe ne se résume pas à cela. Quand nous improvisons, c’est sur la base de la manière d’être et de penser qui nous est propre », affirme Yoon Jeong Heo, ce qui explique la place essentielle qu’occupe le sanjo, ce genre traditionnel à un seul instrument et au style libre, dans la musique de Black String.



 

Jambinaï
« Le choc que l’on ressent à la vue d’une espèce animale que l’on croyait disparue, tel le cœlacanthe découvert dans les grands fonds… C’est ce genre d’impression que nous cherchons à produire par notre festival ».

Le groupe post-rock Jambinaï s’est fait connaître par l’interprétation, au moyen d’instruments traditionnels, d’un répertoire alliant rock et heavy metal. De gauche à droite : Jaehyuk Choi, à la batterie, Eun Yong Sim, au geomungo, Ilwoo Lee, à la guitare, au piri et au taepyeongso, Bomi Kim, au haegeum, et B.K. Yu à la basse.
© Kang Sang-woo

 

Quand vient l’été, un festival mondial de metal au nom quelque peu sinistre de Hellfest attire une foule de jeunes spectateurs en délire dans une petite ville française où se produisent surtout à cette occasion de grands groupes de hard rock et de heavy metal tels qu’Iron Maiden ou Cannibal Corpse. Lors de son édition de 2016, quelle n’a pas été la surprise du public en découvrant la présence sur scène d’un certain nombre d’instruments de musique asiatiques dont jouaient les cinq membres du groupe de post-rock coréen Jambinaï.

Cette formation née en 2009 rassemble un guitariste polyvalent en la personne d’Ilwoo Lee, qui joue aussi d’un hautbois à anche double appelé piri et d’un hautbois conique dit taepyeongso, deux joueuses de haegeum et de geomungo respectivement nommées Bomi Kim et Eun Yong Sim, ainsi que Jaehyuk Choi à la batterie et B.K. Yu à la basse. Sa musique évoque le tumulte joyeux que ferait une assemblée de lutins et fantômes coréens. Quand la cithariste frappe d’un seul coup de plectre la caisse de résonance et les cordes du geomungo et que les sons déchiquetés qui en jaillissent se mêlent aux cris de spectre du haegeum et au rugissement de la guitare électrique, ils suscitent plus de peur et d’angoisse que ne le ferait aucun morceau de heavy metal, les frottements et affriquées qui émanent du haegeum et du geomungo, quoique peu familiers, n’étant pas moins électrisants. Ici, la musique réalise une confrontation des plus inattendues entre les esthétiques du post-rock, du shoegazing, du metal et de la musique traditionnelle coréenne.

Ilwoo Lee, Bomi Kim et Eun Yong Sim, qui sont les principaux membres du groupe Jambinaï, ont tous trois éprouvé une vocation pour la musique traditionnelle dès leur plus jeune âge et fait par la suite leurs études à l’École des arts traditionnels coréens de l’Université nationale des arts de Corée. Toutefois, son histoire ne commencera pour de bon que lorsqu’Ilwoo Lee remettra en question certains aspects de cette tradition musicale. Initié au piri dès la première année du collège, celui-ci abordera la guitare électrique trois ans plus tard et, s’il continuera d’étudier la musique traditionnelle à l’école, il suivra tous les concerts de Metallica à la télévision. Il rêve en effet de jouer lui aussi du rock, un objectif qu’il atteindra avant d’entrer à Jambinaï en jouant avec le groupe de screamo Morphines.

« Pour certains, les instruments coréens n’ont pas leur place dans un groupe, ce qui revient à considérer que la musique traditionnelle est ennuyeuse et à la reléguer à des vestiges du passé comme les hanok [maisons d’autrefois]. Pour ma part, je me suis toujours élevé contre ces préjugés », déclare Ilwoo Lee. « En conséquence, il m’a fallu trouver un son suffisamment puissant et l’idée m’en est venue en écoutant l’album Roots de Sepultura, ce groupe qui fait un mélange de métal et de musique brésilienne traditionnelle. Parmi mes autres influences, je citerai Nine Inch Nail et son album The Downward Spiral qui est un heureux mariage de sa musique avec les sons du rock industriel, ainsi que le genre post-rock qui fait la place à des instruments aussi divers que le violon, le violoncelle ou la cornemuse. »

En 2014, Jambinaï allait être invité à se produire au Festival de Musique SXSW de la ville d’Austin située au Texas et, s’il n’avait que deux personnes pour tout public quand il a commencé à jouer, il allait faire salle comble en à peine une demi-heure et produire une impression des plus fortes. En 2015, il signera avec le label britannique Bella Union un contrat qui lui permettra, un an plus tard, d’enregistrer son deuxième album, A Hermitage, que saluera la critique. Par ses sonorités ardentes, comme autant de flammes de bougie qui mettraient soudain le feu à une forêt, sa musique couvre un large spectre qui va de la violence des titres Time of Extinction de son premier album Differance, Wardrobe du deuxième et A Hermitage ou Event Horizon du troisième, ONDA, à l’atmosphère méditative de Connection, dernier des titres de son premier album.

Jusqu’à ce qu’éclate la crise sanitaire, Jambinaï donnait chaque année pas moins de cinquante concerts à l’étranger au cours desquels il enthousiasmait invariablement son public, comme dans ceux de WOMAD en Grande-Bretagne, d’EXIT en Serbie ou de Roskilde au Danemark, pour n’en citer que quelques-uns, mais sa prestation la plus spectaculaire est sans conteste celle qu’il a livrée en 2018 à Pyeongchang, lors de la cérémonie de clôture des Jeux olympiques d’hiver.

 

Dongyang Gozupa
« Je me dis que notre créativité se nourrit de nos faiblesses. Certes, nous ne sommes que trois, mais nous ne formons pas moins une équipe qui veut remplir l’espace de sa seule musique».

Créé en 2018, le groupe Dongyang Gozupa est célèbre pour les rythmes effrénés et les sons stridents de sa musique, comme le suggère son nom qui signifie littéralement « haute fréquence de l’Orient ». De gauche à droite : Jang Do Hyuk, aux percussions, Yun Eun Hwa, au yanggeum et Ham Min Whi, à la basse.
© Kim Shin-joong

 

En termes de non-conformisme, le trio Dongyang Gozupa n’a rien à envier aux deux groupes précédents, notamment par son curieux nom signifiant littéralement « haute fréquence de l’Orient », qu’aurait inspiré au percussionniste Jang Do Hyuk l’enseigne d’un réparateur d’appareils électroniques de son quartier et qui lui semblait convenir au style musical férocement discordant de son groupe.

En 2018, l’enregistrement d’un EP intitulé Gap a marqué les débuts de cette formation. À l’écoute de sa musique, on est frappé d’emblée par la prédominance du yanggeum dont joue Yun Eun Hwa et qui s’abat comme une bourrasque sur l’auditeur en créant des images d’une plus forte intensité que celles produites par le son de la guitare, lequel, par comparaison, ferait plutôt penser au bruissement d’une averse, une impression qui n’est sans rappeler l’album Master of Puppets de Metallica. Les sonorités graves de la basse de Ham Min Whi et des percussions de Jang Do Hyuk affluent à une vitesse vertigineuse, tandis que le timbre clair du yanggeum rebondit comme des gouttes de pluie sur le feuillage d’une forêt tropicale. Pierre angulaire de la formation, cet instrument à cordes frappées est pourvu de cordes métalliques, alors que celles du geomungo de Black String et Jambinaï se composent de soie, et leur son évoque résolument le heavy metal.

Le yanggeum a pour ancêtre un instrument perse ancien qui a subi au cours du temps diverses adaptations et modifications donnant lieu aux différentes désignations de cithare, dulcimer et cymbalum. C’est à partir de la Chine que s’est produite son introduction en Corée, où il a pris le nom de yanggeum, qui signifie « instrument à cordes occidental ». Aux côtés du saenghwang à anche composé de dix-sept tubes en bambou, il figure parmi les rares instruments traditionnels à pouvoir produire les gammes et harmonies de la musique occidentale.

Le yanggeum de Yun Eun Hwa, qui dirige l’antenne coréenne de l’Association mondiale du cymbalum, a été fabriqué sur mesure pour une raison qu’elle avance comme suit : « Comme le yanggeum traditionnel est assez petit, il ne peut restituer qu’une partie limitée de la gamme et ne convient donc pas à l’interprétation de certains genres », explique-t-elle. « Mon yanggeum couvre une gamme beaucoup plus large, de quatre octaves et demie, mais il est tout aussi capable de travailler dans la gamme chromatique des instruments de musique occidentaux, ce qui me permet de jouer tous les genres ou presque. J’utilise aussi un micro pour amplifier le son et des pédales d’effets qui étendent encore la gamme nécessaire ».

C’est en Chine, dès l’âge de quatre ans, que Yun Eun Hwa s’est initiée à la musique en prenant des leçons de yanggeum nord-coréen, après quoi elle entreprendra une spécialisation en percussions dans une université sud-coréenne. Des années d’études et de pratique lui ont permis d’acquérir un style plus éclectique en tirant parti des qualités des percussions et instruments à cordes orientaux et occidentaux, comme de ceux des deux Corées.

Le percussionniste Jang Do Hyuk, cet autre musicien remarquable, n’est pas de ceux qui jouent d’une grosse caisse à pédale, car il se sert uniquement de ses mains pour produire l’intégralité des graves et aigus attendus de ses instruments. Après avoir joué dans le groupe Danpyunsun and the Sailors, qui interprète un rock mêlé d’influences orientales, il est parvenu à la conclusion suivante : « L’existence même de limites me pousse à les dépasser en créant mes propres sons. C’est un défi que je me plais à relever ».

À la basse, Ham Min Whi fait se succéder mouvements agiles et appuyés avec une fluidité qui n’est pas sans rappeler le groupe américain de Nu metal Korn ou le funk metal de Red Hot Chili Peppers.L’année passée, Yun Eun Hwa s’est vu décerner par la Fondation culturelle Soorim son prestigieux prix Soorim New Wave qui consacre chaque année un jeune musicien traditionnel ou une formation suivant une démarche expérimentale. Au nombre des artistes déjà récompensés par cette distinction, figurent la chanteuse Kwon Song Hee du groupe de pop alternative LEENALCHI et le groupe de pop-folk Ak Dan Gwang Chil (ADG7), dont les compositions apportent une touche de modernité à la musique rituelle chamanique de la province de Hwanghae aujourd’hui située en Corée du Nord. Quant au groupe Dongyang Gozupa, il a été le premier ensemble asiatique à se produire au festival mondial de musique WOMEX deux années d’affilée, à savoir en 2020 et en 2021.



Lim Hee-yun Journaliste au Dong-A Ilbo

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