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2022 SPRING

Livres et compagnie

Lemon

Traduit en anglais par Janet Hong
2021, Other Press, New York, 147 pages, 20 $

Une passionnante énigme criminelle, mais pas seulement

Dans Lemon, le premier roman de Kwon Yeo-sun à paraître en langue anglaise, le récit s’ouvre au moment où Han Manu subit un interrogatoire suite au meurtre de l’une de ses camarades de classe, la belle Hae-on. Il s’agit en réalité d’une scène qui a eu lieu dix-sept ans plus tôt et est décrite telle que l’imagine Dae-on, la sœur cadette de la victime. Connaissant la lenteur d’esprit de Manu, elle se doute que, devant l’incohérence de ses déclarations, les policiers ont dû acquérir la certitude de tenir le coupable. Le second suspect, un homme riche et apprécié de tous appelé Shin Jeongjun, a rapidement été lavé de tout soupçon après la vérification de son alibi. Faute de preuves suffisantes pour qu’il soit mis en examen, l’affaire dite du « meurtre de la jolie lycéenne » demeure non résolue et Manu est remis en liberté. Pour autant, Da-on n’abandonnera pas tout espoir de découvrir l’auteur du crime et, dans ce but, elle consacrera les seize années qui suivent à passer au crible les moindres détails de l’enquête.

Cette rapide présentation du livre ne permettra guère de le classer dans le genre du roman policier, ou polar, comme on l’appelle communément, car la question fondamentale qu’il pose n’est pas tant la découverte du meurtrier de Hae-on sur laquelle repose l’intrigue, que celle formulée par Da-on en ces termes dès le premier chapitre et portant sur le sens de la vie. Après que la jeune femme a surmonté la vague d’émotions qui l’avait submergée à la mort de sa sœur, il subsiste en elle un sentiment particulier que les psychiatres attribueraient au syndrome dit de la « culpabilité du survivant », mais dans lequel Da-on voit des origines plus lointaines, puisqu’elle en vient à s’interroger sur l’amour qu’elle éprouvait réellement pour sa sœur. Quelle que soit la réponse à laquelle elle parviendra, s’imposera le douloureux constat qu’il est impossible de revenir en arrière pour refaire l’histoire.

Au point de vue de Da-on, narratrice de la moitié des chapitres, vient s’ajouter ceux qu’exposent, dans les deux autres, d’anciens camarades de classe de la victime, Sanghui et Taerim. Si la première n’entretenait pas de forts liens d’amitié avec elle, le témoignage qu’elle apporte met en lumière un autre aspect de la personnalité de sa jeune sœur. Impliquée plus directement dans l’affaire, Taerim se trouvait en compagnie de Manu lorsqu’elle a vu Hae-on pour la dernière fois, outre qu’elle a épousé Jeongjun. Ce dernier personnage n’apparaît au lecteur qu’à travers le regard que posent sur lui les personnages féminins, ce qui laisse planer le doute quant à la véracité de leurs récits. Toutefois, la principale inconnue concerne la grande absente qu’est la jeune Hae-on. Personnage central autour duquel se construit la trame du récit, mais à jamais privée de la parole, elle ne peut faire part de ses pensées, de sorte que seule est connue du lecteur l’opinion que se font d’elles les autres. Sa personne se résume ainsi à une énigme sur laquelle ceux-ci projettent rêves, désirs, peurs et sentiment d’insécurité.

Par cette évocation habilement construite d’une affaire non résolue, l’auteur éveille l’intérêt du lecteur, entretient le suspense et fournit lentement mais sûrement des éléments qui s’imbriquent peu à peu. Au fur et à mesure que se dessine la résolution de l’énigme, le lecteur comprend que celle-ci concerne avant tout la manière dont l’homme fait face à la perte d’êtres chers et à d’autres événements dramatiques, ainsi qu’au chagrin qui en résulte. Si les Coréens n’ont pas oublié le crime affreux de ce jour de l’été 2002 où touchait à sa fin la Coupe du monde de football organisée conjointement par leur pays et le Japon, le temps s’écoule inexorablement au fil des chapitres jusqu’en 2019 sans que le crime ne soit résolu. Dix-sept ans plus tard, le mystère reste donc entier pour les survivants qui ne peuvent donc aller de l’avant, les errances de Da-on, Sanghui et Taerim ne pouvant arriver à leur terme que lorsqu’ils rejoindront Hae-on dans l’autre monde. De même, quand le lecteur refermera ce livre, l’histoire, loin de s’arrêter, continuera de l’interpeller.

Tiger Swallowtail (Papillon tigré)

Hwang Gyu-gwan
Traduit en anglais par Jeon Seung-hee
2021, Paju: ASIA Publishers, 111 pages, 9,500 won

Une ode au rêve d’un monde nouveau

« Depuis toujours, je cherche avant tout à découvrir les changements que peut apporter la poésie au monde », déclare Hwang Gyu-gwan dans la postface de son dernier recueil de poèmes. L’auteur, en effet, n’écrit pas pour se livrer à une réflexion sur tout ce qui l’entoure ou plus essentiellement sur la vie, mais avant tout pour répondre à un besoin de création véritable. À n’en pas douter, il n’envisage guère l’avenir de ce monde avec optimisme et attribue plus de maux que de bienfaits au capitalisme qui y règne, comme en témoigne l’irréductible antinomie qui oppose ce système à l’idée même de nature. Dans Let’s Set the Forests Free, il appelle ainsi de ses vœux la disparition pure et simple de toute civilisation née de l’exploitation de la forêt, dont l’homme doit au contraire prendre soin de son mieux.

Les vers suivants du poème titre de cette œuvre dépeignent l’image la plus inquiétante des menaces qui pèsent sur le milieu naturel : « La saison des pluies semble sans fin, la mer, en ébullition, tandis que s’effondrent les glaciers effrayés et que brûlent les continents ». Pour autant, le poète refuse de s’abandonner au désespoir et préfère s’aventurer sur de toutes nouvelles voies, un périple qu’illustrent ses deux poèmes consacrés au thème du chemin, l’un empruntant le célèbre titre de Robert Frost et l’autre, intitulé Toward the Direction of Daybreak, évoquant ces « chemins empruntés pour la première fois ». Œuvre recelant souvent plusieurs niveaux de lecture, la poésie de Hwang Gyu-gwan ne livre pas aisément ses secrets, mais invite le lecteur attentif à réfléchir et aspirer à un monde nouveau.

Marcheur 4K à Séoul

(YouTube
www.youtube.com/c/seoul4k
)

Un excellent remède à la dépression post-Covid

À l’heure où la pandémie de Covid-19 est entrée dans sa troisième année, nombre d’entre nous doivent attendre impatiemment de pouvoir voyager. Dans cette perspective, une chaîne You-Tube s’adresse à tous ceux qui sont curieux de découvrir la Corée, dont, cela va de soi, les lecteurs de cette revue, ou qui l’ont déjà visitée et souhaiteraient y retourner, voire qui vivent dans le pays, mais sont encore limités dans leurs déplacements. Lancé à l’été 2020, ce nouveau média répond non seulement au mieux à leurs besoins, mais fournit aussi un excellent antidote aux effets psychologiques de la crise sanitaire.

Centrés bien évidemment sur la capitale, les circuits qu’il propose donnent un aperçu des scènes de la vie de tous les jours au gré de flâneries dans les rues de cette métropole animée, notamment celles du quartier de Gangnam où ertains voudront voir par eux-mêmes en quoi consiste le fameux « Gangnam Style ». Nombre de promenades ont aussi été filmées en province, notamment sur la plage de Haeundae située à Busan, dans les rues pittoresques du port de Yeosu de nuit, dans les quartiers de hanok de Jeonju ou à la forteresse de Hwaseong qui s’élève à Suwon, entre autres lieux célèbres. Ces vidéos étant pour la plupart réalisées avec une résolution 4K, elles s’avèrent particulièrement bien adaptées aux écrans de grandes dimensions. Il ne reste plus qu’à se plonger dans le quotidien bouillonnant et haut en couleur des Coréens de Séoul et d’autres endroits du pays !



Charles La ShureProfesseur au Département de langue et littérature coréennes de l’Université nationale de Séoul

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