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2018 SUMMER

LIVRES ET CD

Des nouvelles qui explorent la vie en remontant le fil du temps

Les gens heureux ne regardent pas l’heure

Eun Heekyung, traduit par Amber Kim, 2017, White Pine Press, New York, 178 pages, 16 $

Dans les sept nouvelles qui composent ce deuxième recueil d’Eun Heekyung déjà édité en coréen il y a dix-neuf ans, l’auteur brosse un tableau de la vie de plusieurs personnages dont les situations diffèrent, ces récits présentant cependant des points communs dans leur fil conducteur. Dès le titre de l’œuvre, les deux idées du temps et du bonheur fournissent des indices décisifs au lecteur.
Si l’on replace les histoires contées ici dans une perspective temporelle qui part d’époques révolues et va vers l’inconnu du futur en passant par un présent éphémère, ce qui semble être dit de la vie actuelle des personnages concerne en fait le plus souvent leur passé et leur avenir. Une telle approche n’a évidemment rien de rare s’agissant de fiction, si ce n’est qu’Eun Heekyung effectue ces aller-retours dans le temps pour analyser la vision que les individus ont d’eux-mêmes, de leur passé et de leur avenir, mais aussi pour mettre en lumière les lacunes inhérentes à leur démarche épistémologique. Leur connaissance du passé ne repose que sur des souvenirs qui se révèlent souvent approximatifs. Dans la nouvelle qui fournit son titre au recueil, une jeune veuve entreprend de reconstituer son passé en feuilletant ses nombreux albums photos. L’homme qui est son amant, ou plutôt qui ne l’est plus que dans sa mémoire, ne partage pas ce désir impérieux de retour en arrière, car à ses yeux, « Le passé ne peut servir d’alibi ». Quant à l’écrivain à succès de L’ère du lyrisme, il finit par comprendre que le rappel de ses souvenirs n’aura d’autre résultat que de l’inciter à écrire une autre histoire. L’autre côté du monde aborde aussi le thème de la mémoire en l’assimilant tantôt à une sorte d’excroissance dont on peut se débarrasser, comme on couperait quelque chose avec un canif, tantôt à un fardeau que doivent porter les hommes et qui peut s’avérer extrêmement pesant. Dans L’été est fugitif,l’un des jeunes personnages met d’ailleurs en avant un droità l’oubli relevant de

l’instinct de vie.
Cependant, l’axe des temps s’oriente vers un avenir que les êtres connaissent moins encore que leur passé et face auquel ils ne peuvent nourrir qu’espoirs ou rêves. L’un des personnages d’Ecchymose, évoquant le drame qui s’y déroule, se limite à cette remarque : « C’est la vie. Les rêves disparaissent et les voyages deviennent trop longs. » La nouvelle In My Life qui clôt ce recueil creuse plus encore le thème des songes : « Quand vous rêvez, cela vous réveille. C’est un peu comme si vous aviez trouvé une raison d’exister. » Et peu importe que les rêves puissent ou non se réaliser, car le seul fait de penser à un avenir meilleur est porteur de sens.
Dans ce livre, comme souvent dans d’autres, ce dont rêvent les personnages se solde par des chagrins et des déceptions, ce qui constitue le second fil conducteur de la trame fictionnelle tissée par l’auteur. Le propriétaire du bar In My Life n’a guère le temps de se consacrer aux gens heureux, car seuls ceux qui sont tristes présentent un intérêt et peuvent constituer des personnages de fiction, à l’instar de la jeune veuve de la nouvelle éponyme, qui entrevoit un avenir désespérant après le suicide de son mari.
Dans un passage important de L’été est fugitif dont il est fait mention plus haut, c’est son point de vue personnel qu’exprime l’auteur, bien que de manière indirecte, par le biais de personnages antipathiques, au sujet de ces sentiments d’affliction et de souffrance qui sont présents dans tout le recueil. Évoquant ses lectures à deux amis, le personnage principal affirme que les hommes composent « une prose fabuleuse qui remplit tout un monde », tandis que les femmes produisent « des récits effrayants sur le néant de l’existence », à la prose « acerbe et cruelle », où s’expriment « à l’état brut des peines immenses et des souffrances horribles ». Si le lecteur ne saurait bien sûr prendre cette critique au pied de la lettre, il découvrira entre les lignes que c’est bien la tristesse qui tient les personnages éveillés et qu’en fin de compte, c’est leur souffrance qui les rend le plus merveilleusement humains.

Un large panorama des œuvres en prose prémodernes en Corée

La prose littéraire prémoderne coréenne : une anthologie

Co-dirigé et co-écrit par Michael J. Pettid, Gregory N. Evon et Chan E. Park, Columbia University Press, New York, 320 pages, 35 $

La présente anthologie rassemble une grande variété d’œuvres s’étendant sur la période qui va du royaume de Goryeo (918-1392) à la fin de celui de Joseon (1392-1910). Conscients de la difficulté d’opérer le choix des titres à y faire figurer, ses auteurs ont décidé, après s’être penchés sur les anthologies en langue coréenne ou anglaise déjà existantes, de se centrer sur des genres jusqu’alors peu traités par ces ouvrages afin de dresser un bilan plus exhaustif et précis de ce que les Coréens de tous horizons ont pu écrire ou lire.
Le livre s’ouvre sur des textes en prose anciens qui permettent de remonter aux origines de cette écriture en Corée, puis s’intéresse à un genre particulier relevant de la fiction biographique par la personnification d’objets tels que l’argent ou le malt, à travers lesquels sont abordés des thèmes relatifs à la condition humaine, ainsi que des questions sociales donnant lieu à des commentaires. Il présente également des récits issus de la culture populaire sous forme de contes courts apportant un nouvel éclairage par rapport à l’histoire fondée sur les archives et autres documents officiels, ainsi que des autobiographies, des critiques de la société et des satires philosophiques.
Enfin, ce tour d’horizon s’achève par des extraits de trois œuvres de pansori, une forme de poésie chantée relevant de la tradition orale. Les liens qui unissent celle-ci à la littérature écrite sont en réalité beaucoup plus étroits qu’on ne pourrait le croire si l’on considère les œuvres déjà présentées par ailleurs. Les textes figurant dans l’ouvrage en question le confirment, d’autant que leur traduction a été réalisée par Chan E. Park, qui est elle-même chanteuse de pansori, et transmettent ainsi au lecteur la saveur authentique de leur interprétation vocale. Il résulte de ces divers éléments un ensemble exhaustif qui comblera les lacunes des ouvrages déjà disponibles en langue anglaise sur la littérature prémoderne coréenne.

Charles La ShureProfessor, Department of Korean Language and Literature, Seoul National University

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