Comment choisir entre le respect des traditions et la recherche de la distinction ? Lorsqu’ils effectuent leurs préparatifs de mariage, nombre de couples doivent se résoudre à de difficiles compromis entre ce dont ils ont envie, l’ensemble étant plus ou moins réalisable en fonction des moyens dont ils disposent.
ces temps-ci, les jeunes couples choisissent de se marier dans l’intimité en ne conviant que leur famille et leurs amis à une fête en plein air où ils échapperont en outre au froid anonymat des salles de mariage.
jusqu’à la fin des années 1990, époque à laquelle j’ai convolé en justes noces, il était d’usage que les futurs époux restent chez leurs parents respectifs jusqu’à leur mariage, qui était le seul moyen par lequel ils pouvaient en partir, sauf à avoir un motif rédhibitoire tel qu’un long trajet jusqu’à leur établissement d’enseignement ou leur lieu de travail. Parmi mes connaissances, beaucoup espéraient échapper par ce biais à l’autorité parentale.
Les temps ont changé et nombre de mes amis ont opté pour le célibat, ce mode de vie étant possible à tout âge dès lors que l’on dispose de son indépendance matérielle. L’idée que se font les jeunes du mariage a évolué en conséquence pour d’aucuns, celui-ci doit désormais procéder d’un choix, et non d’une obligation. Le critère selon lequel on est ou non « en âge de se marier » tend aussi à disparaître.

Les temps changent, mais pour toute jeune femme, le mariage demeure le plus beau jour de sa vie, alors il lui faudra éclipser toutes les autres par une tenue et un maquillage parfaits.
Nombreux sont ceux qui souhaitent pourtant s’unir mais en sont dissuadés ou empêchés par le montant des dépenses à engager à cet effet. Pour bien des jeunes couples qui n’ont pas la chance d’être issus d’un milieu aisé, cette union peut représenter une charge trop importante exigeant de travailler avec acharnement pour mettre assez d’argent de côté. Selon les données communiquées par l’Institut national de la statistique, ces frais, logement compris, s’élevaient en moyenne à 250 millions de wons en 2015, soit environ 218 000 dollars.
Les temps changent, mais pour toute jeune femme, le mariage demeure le plus beau jour de sa vie, alors il lui faudra éclipser toutes les autres par une tenue et un maquillage parfaits.
Un chemin semé d’embûches
Le mariage se résume à la rencontre de deux êtres qui s’éprennent l’un de l’autre et décident de s’unir, car son côté romantique s’arrête là ! Quand leurs parents respectifs ont fait connaissance et se sont mis d’accord sur la date du mariage, une page est tournée et il faut alors chercher une salle pour la cérémonie, choisir une robe de mariée et s’acquitter d’un nombre incalculable de tâches !
À cette impressionnante liste, s’ajoute la constitution d’un honsu , cet ensemble réunissant un trousseau et une dot composée des cadeaux qu’échangent les familles. À propos de ceux que font les parents de la promise à son futur époux, on parle du yedan , celuici se composant en général de literie, d’argenterie, de vêtements, d’un sac à main et d’argent liquide dans des proportions qui varient selon la situation financière de la belle-famille concernée. Quant aux cadeaux de mariage qu’offrent les futurs beaux-parents de la promise, ils portent le nom de yemul et prennent place dans un coffre en bois dit ham aux côtés de la honseoji , c’est-à-dire la lettre où ils remercient les parents de la jeune femme d’avoir accordé sa main à leur fils. Ils font parvenir le tout aux destinataires et quelques jours avant la cérémonie, les garçons d’honneur se chargent de livrer le coffre chez les parents de la mariée, qui les remercie en les conviant à un repas de fête.
Parmi ces différents présents, figurent notamment des bijoux, une montre, un sac à main, un portefeuille, des vêtements, des produits de beauté et des chaussures dont la quantité et la qualité dépendent des moyens de la belle-famille et de son attachement à cette tradition. Pour afficher leur aisance économique, les familles les plus fortunées font souvent don à cette occasion de luxueux articles tels qu’un manteau de fourrure, une veste en cuir ou des bijoux de prix. Cet échange d’argent et de cadeaux peut d’ailleurs être source de conflit lorsqu’il provoque des déceptions, car il suffit alors que les uns ou les autres jettent de l’huile sur le feu pour que les deux familles s’affrontent. Autrefois accompli dans le respect des usages et d’autrui, il devient ainsi une pomme de discorde qui peut entraîner l’annulation pure et simple du mariage, d’aucuns préférant l’omettre pour s’éviter un tel fiasco.
Quant aux promis, ils se préoccupent avant tout de trouver un logement. C’était autrefois le futur époux qui se chargeait de le fournir, tandis que sa promise s’occupait de l’équiper de tous les objets du ménage nécessaires. Si cette pratique demeure inchangée à ce jour, de plus en plus de conjoints assument en commun la totalité de ces frais en raison du prix exorbitant de l’immobilier.
La coutume voulant que l’on échange argent et cadeaux peut être source de conflit lorsqu’elle provoque des déceptions, car il suffit que les uns ou les autres jettent de l’huile sur le feu pour que les deux familles s’affrontent.
Le choix des bijoux
À l’époque de mon mariage, c’étaient les parents des futurs époux qui décidaient du moment opportun d’acheter les différents articles et cadeaux de mariage, les jeunes gens n’ayant pas leur mot à dire dans le choix des montres et alliances. Aujourd’hui, ceux-ci n’acceptent plus de se conformer docilement à la volonté de leurs familles respectives et exigent au contraire de donner leur avis, voire d’opérer eux-mêmes ces choix, les parents se contentant alors de leur remettre les sommes nécessaires.
De nos jours, les Coréens n’observent que rarement la coutume ancienne qui voulait que les amis du marié se chargent de porter à sa promise le ham , un coffre rempli de bijoux et d’autres cadeaux, comme pour le « vendre »à sa famille.
Au nombre des cadeaux offerts à la mariée, se trouvaient principalement des bijoux sous forme de trois, cinq ou sept parures différentes qui se composaient au minimum de bagues, de boucles d’oreilles et d’un collier orné d’un diamant, ainsi que d’autres assortiments en or, saphir ou rubis. De nos jours, la plupart des jeunes femmes préfèrent aux pierres précieuses à l’ancienne des parures en diamant ou en perles plus adaptées à leurs tenues modernes de tous les jours. D’autres décident de consacrer la totalité de la somme perçue à l’achat d’une bague de mariée pourvue d’un solitaire plus important, mais en tout état de cause, les grosses bagues voyantes d’autrefois et leur énorme pierre précieuse ne sont plus qu’un lointain souvenir. Pour les futures mariées, ce sont les considérations pratiques qui priment et en matière de bijoux, mieux vaut donc préférer des articles facilement portables à d’autres plus précieux qui finiront au fond d’un coffrefort ou d’une armoire. Dans certains couples, on se limitera ainsi à l’échange d’alliances Cartier. Autrefois délaissées parce qu’elles faisaient penser aux larmes, les bagues à perle connaissent un regain de succès pour cette même raison. Selon les chiffres enregistrés par le secteur de la bijouterie, les Coréens dépensent en moyenne près de cinq millions de wons en bijoux et montres destinés à des cadeaux de mariage et c’est la marque Tiffany qui détient la majorité des parts du marché des alliances et bagues de mariée. Pour les portefeuilles les moins garnis, existent aussi les alliances dites « de style Tiffany » que proposent les magasins du quartier de la bijouterie situé à Jongno 5-ga, dans le centre de Séoul.
Quant aux montres, s’il était autrefois d’usage que les futurs époux s’entendent sur le choix de marques, modèles et prix identiques, ce n’est plus vrai aujourd’hui. À ce propos, il convient de noter que les femmes actuelles semblent accorder plus d’importance à cet article que leurs aînées plutôt attirées par les bagues et colliers. Pour les hommes, alors que la montre Rolex était de loin la plus prisée, la grande variété de produits aujourd’hui disponibles donne l’embarras du choix et explique que le chiffre d’affaires réalisé dans ce domaine soit le plus élevé au monde pour répondre à la très forte demande de cadeaux de mariage.

De nos jours, les Coréens n’observent que rarement la coutume ancienne qui voulait que les amis du marié se chargent de porter à sa promise le ham , un coffre rempli de bijoux et d’autres cadeaux, comme pour le « vendre »à sa famille.
Les robes de mariée et cérémonies
Si le mariage de style occidental s’est imposé en Corée, il se pratique en parallèle avec une cérémonie traditionnelle, dite pyebaek , au cours de laquelle la mariée présente ses respects à ses beaux-parents. Elle avait naguère lieu à leur domicile, la coutume voulant que la jeune femme vienne s’y installer après le mariage, mais se déroule aujourd’hui aussitôt après la célébration dans une salle aménagée à cet effet. La mariée troque alors sa robe blanche contre une tenue traditionnelle appelée hanbok avant de se prosterner à terre devant ses beaux-parents et de leur servir l’alcool rituel, ceux-ci lui offrant à leur tour des châtaignes et jujubes symbolisant la fertilité.
Quandvient le grand jour où elle devient le point de mire, ces tenues sont particulièrement remarquées. Pour la robe blanche, l’époque n’est plus aux épaisseurs vaporeuses et aux longues traînes majestueuses, les jeunes femmes d’aujourd’hui privilégiant des choix plus personnels. Lorsqu’elles s’adressent à une couturière, elles ne s’en remettent pas aveuglément à elle, mais ont déjà une idée précise de ce qu’elles souhaitent après avoir effectué des recherches sur internet et consulté les réseaux sociaux. Dans ce domaine, la tendance actuelle se résume en fait à l’absence de tendance quelle qu’elle soit. Une nouveauté intéressante intervient aussi dans la manière de s’habiller, qui diffère de moins en moins dans la vie de tous les jours et lors d’un mariage, les femmes appréciant de pouvoir remettre par la suite les vêtements portés à cette occasion. Lee Myung-soon, qui tient une boutique de robes de mariée depuis 27 ans dans le quartier de Cheongdam-dong situé dans le sud de Séoul, déclare à ce propos : « Depuis quelque temps, je vends plus que je ne loue. Les jeunes femmes ne veulent plus des superbes robes à l’ancienne que l’on ne portait qu’une fois dans sa vie, mais des créations où s’exprime leur personnalité ».
Ce nouveau comportement se retrouve dans le choix du lieu de la cérémonie, car toujours plus de couples optent pour un mariage personnalisé qui pourra par exemple se dérouler en plein air à la campagne, dans un jardin ou tout simplement à la maison, plutôt que dans le froid anonymat d’une salle comme les autres. Lorsqu’ils recourent tout de même à un local de ce type, ils s’efforcent de lui donner une atmosphère plus chaleureuse et personnelle par l’originalité de la décoration d’intérieur et des tenues vestimentaires.
LE RÔLE CHANGEANT DES ORGANISATEURS DE MARIAGES
Le métier d’organisateur de mariage a fait son apparition il y a une vingtaine d’années et semble désormais indispensable. Les couples trop pris par leurs activités pour s’acquitter de cette tâche se reposent sur ce spécialiste qui se charge absolument de tout, du choix du lieu de la cérémonie à l’organisation du voyage de noces, en passant par la robe de mariée, le maquillage, les photos et les cadeaux.
Lee Mi-ja, qui dirige l’une des sociétés du secteur appelée Marry On Wedding et située dans le fameux quartier de Gangnam du sud de Séoul, apporte les explications suivantes : « L’organisateur est souvent présenté aux futurs époux par la famille ou les amis, mais les intéressés font quand même des recherches sur internet pour s’informer au sujet des fournisseurs, des robes de mariées et des marques de bijoux qu’il propose afin de s’assurer de la qualité de ses prestations. Quant à l’organisateur, il s’efforce de satisfaire au mieux son client dans les limites de ses contraintes budgétaires, ce qui est d’ailleurs son rôle ! »
Lee Mi-ja, qui exerce cette profession depuis maintenant dix ans, estime que son secteur est en plein essor. « Le milieu de gamme se réduit comme peau de chagrin. De nos jours, les mariages sont soit d’un luxe extravagant, soit d’une simplicité extrême. Pour ce qui est des alliances et bagues de mariée, par exemple, on se contente le plus souvent de platine ou d’or à dix-huit carats et rares sont ceux qui achètent plusieurs bagues serties de pierres précieuses. Une certaine marque de bijoux se spécialise même dans les mariages ».
Lee Mi-ja, qui exerce cette profession depuis maintenant dix ans, estime que son secteur est en plein essor. « Le milieu de gamme se réduit comme peau de chagrin. De nos jours, les mariages sont soit d’un luxe extravagant, soit d’une simplicité extrême. Pour ce qui est des alliances et bagues de mariée, par exemple, on se contente le plus souvent de platine ou d’or à dix-huit carats et rares sont ceux qui achètent plusieurs bagues serties de pierres précieuses. Une certaine marque de bijoux se spécialise même dans les mariages ».
L’organisation d’un mariage s’étale en général sur plusieurs mois au cours desquels la société est en contact permanent avec ses clients pour mieux cibler leurs préférences et les guider dans leurs décisions. Il peut arriver qu’elle joue aussi un rôle de conseil conjugal, car le moindre désaccord entre les futurs époux ou leurs familles respectives peut compromettre leur union. « Certains couples me témoignent leur reconnaissance avant de partir en voyage de noces ou me font un petit cadeau pour me remercier. À ces moments-là, je trouve un côté très gratifiant à mon métier », confie Lee Mi-ja. « En revanche, j’ai de la peine quand une séparation survient à la veille du mariage. À l’avenir, il est à espérer que le rôle des organisateurs se diversifiera et qu’il ne se cantonnera plus au choix de la robe de mariée et des meilleurs fournisseurs, mais consistera aussi à donner des conseils utiles ».
En Corée, toujours plus d’universités créent des unités d’enseignement assurant une formation à l’organisation de mariages dans la perspective de la croissance escomptée de cette activité.
À la cérémonie tout en simplicité s’oppose le luxe du voyage de noces
Jusqu’ici, lorsqu’un mariage se produisait dans une famille, il formalisait le passage à l’âge adulte des enfants concernés, lesquels, plus tard, fonderaient à leur tour une famille, et, dans une certaine mesure, il permettait aux parents de faire montre de leur fortune et de leur influence, les plus aisés d’entre eux pouvant consacrer de plus gros moyens au faste des cérémonies. Le temps du passage d’une génération à une autre, les mentalités ont changé et ce, d’autant plus que les jeunes couples entendent aujourd’hui prendre en charge eux-mêmes le financement de leur mariage à la place de leurs parents, qu’ils accordent moins d’importance au paraître et qu’ils font passer leurs choix personnels avant la tradition. Contrairement aux mariages classiques où les invités se présentaient à l’entrée de la salle de réception, y remettaient la somme d’argent constituant le cadeau et se saluaient à la hâte sans même assister à la cérémonie proprement dite, ceux d’aujourd’hui se déroulent dans une plus grande intimité en présence de la famille et de quelques amis célébrant entre eux cette nouvelle page qui se tourne dans la vie du couple.

Dans le mariage à l’occidentale tel qu’il est célébré en Corée, les mères précèdent souvent les mariés dans la salle des cérémonies pour y allumer les bougies rouge et bleue de l’autel avant de regagner leur place.
Une fois unis par les liens du mariage, les époux revêtent la tenue traditionnelle coréenne pour accomplir le rite du pyebaek en se prosternant devant les parents du marié, qui en retour lancent des châtaignes et jujubes, symboles de fertilité, dans les pans d’étoffe repliés à cet effet.
Les cérémonies elles-mêmes évoluent vers plus de simplicité, tandis que toutes les folies sont permises pour faire le plus beau voyage de noces possible. Lim Mi-sook, rédactrice en chef de The Wedding précise à ce sujet : « Il y a encore peu, les Maldives étaient la destination la plus demandée pour les voyages de noces sous l’influence d’une publicité qui affirmait que ces îles seraient englouties dans les années à venir. C’est maintenant Hawaï qui est à la mode, surtout parce qu’un visa n’y est pas exigé. Les couples coréens n’hésitent pas à dépenser beaucoup pour leur voyage de noces. Ils recherchent surtout les stations balnéaires luxueuses équipées d’installations de haut de gamme, en particulier les villas avec piscine ». Ils tiennent en outre à organiser eux-mêmes leur voyage au lieu de s’en tenir tout bonnement à l’itinéraire imposé par les organisateurs.