Subject Le « begaenmo » une parure d’oreiller Count 423
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Le terme « begaenmo » désigne le capiton servant à orner les extrémités d’un oreiller de style traditionnel coréen, lequel diffère considérablement de son équivalent occidental, en particulier par son rembourrage composé d’éléments aussi divers que des haricots rouges ou mung, du son de riz, de l’ivraie du sarrasin ou des pétales de fleurs séchées qui prennent place dans une enveloppe en toile. Contrairement à la mollesse duveteuse appréciée à l’ouest, une plus grande fermeté et un encombrement plus faible caractérisent cet oreiller coréen de forme le plus souvent rectangulaire ou cylindrique.
En outre, la coutume voulait qu’il soit agrémenté à ses deux extrémités de motifs pouvant consister en incrustations de nacre dites « najeonchim » ou de fines lamelles de corne de bœuf décorées à la main, les « hwagakchim », l’ornement de loin le plus prisé étant toutefois en broderie. Dans ce dernier cas, il s’agissait en général de symboles de bonne fortune et de longévité, mais ces décors variaient souvent en fonction du sexe et de la condition sociale de l’utilisateur, faisant ainsi alterner papillons et fleurs telles que la pivoine, l’orchidée, le lotus et la fleur de prunelier, qui avaient la préférence des femmes, tandis que le pin ou le bambou, évocateurs de la droiture, convenaient supposément davantage aux hommes. Lorsque cette pièce de literie était destinée à de jeunes mariés, elle pouvait s’orner d’un couple de phénix et de sept oiselets symbolisant bonheur conjugal et fécondité. Parmi les motifs de prédilection des Coréens d’autrefois, figuraient aussi des symboles de longévité tels que la grue, le cerf, le pin, la tortue et le « bullocho », c’est-à-dire le champignon de l’immortalité, ainsi que des idéogrammes chinois de bon augure.
Au temps jadis, c’est la mère qui se chargeait de broder ces décors à l’intention de son époux et de ses enfants, en y mettant tout son amour et en y apportant un grand soin, comme en témoignent des œuvres poétiques telles que ce texte intitulé « Mon amour endormi », que composa le poète coréen moderne Seo Jeong-ju (1915-2000) sous le pseudonyme de Midang et dont est extrait le vers suivant : « Mon amour endormi, je me fais grue en vol au bord de son oreiller ».
La pièce représentée sur la photographie ci-dessus est constituée d’une extrémité d’oreiller royal brodée de symboles de longévité, comme l’indique son intitulé, et présente un décor de grues bleues et jaunes, ainsi qu’une frise en dents de scie censée éloigner la malchance. Selon Huh Dong Hwa, directrice du Musée coréen de la broderie et propriétaire de cet objet, les senteurs musquées qui émanent de cet accessoire démontrent sans conteste qu’il provenait du palais royal. L’Exposition de « begaenmo » qui s’est déroulée, au mois d’octobre dernier, au Musée de broderie coréenne du quartier de Nonhyeon-dong, à Séoul, a fourni aux visiteurs l’occasion exceptionnelle de découvrir la centaine d’extrémités d’oreillers de type courant ou royal qui composent une collection vieille de plusieurs décennies, celle de Huh Dong Hwa.
Cet article de literie apporte un nouvel exemple de l’importance et de la valeur qu’accordaient les gens du peuple aux simples objets de la vie quotidienne qu’étaient les oreillers, dessus-de-lit et vêtements dont les motifs décoratifs, tout en rehaussant leurs qualités esthétiques, exprimaient un vœu de santé et de prospérité.

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